Les droits de l’Enfant – La base de mon métier

En tant qu’acteur de l’Éducation Populaire et de l’animation, il est important de connaitre l’un des stades premiers de notre discipline : La connaissance de son public. Je travaille en ce moment avec l’un des publics les plus sensibles, les enfants.

Sujets à tous types d’injustices, les enfants subissent quotidiennement des violences, de la discrimination, des abus, du mépris, de l’incompréhension de leurs ressentis et de leurs émotions. L’adulte à une place de décideur et l’enfant d’obéissant. Cette normalité est constatable par de petites phrases telles que la notion « d’enfant bien élevé », « obéissant », ou bien même de comportements conformes à la vision des adultes comme les « enfants sages ».

Les enfants, en tant qu’êtres humains et je pense qu’il est important de le redire, en tant qu’êtres humains, ont des droits, qu’ils soient en matière de soins, d’éducation, de justice, de protection sociale… Le respect de ces droits est fondamental lorsqu’on est amené à travailler, au sens large, avec eux. Les droits des enfants sont reconnus par la loi, et sont inscrits dans la Convention internationale des Droits de l’Enfant (CIDE). Ne pas reconnaitre leurs droits est déjà une violence en soi.

Quelques Articles

Article 1 – L’enfant est défini comme tout être humain de moins de dix huit ans, sauf si
la loi nationale accorde la majorité plus tôt.

Ici nous avons la définition légale d’un enfant, il est important de le citer rien que pour les petites remarques de l’ordre de « pour qui tu te prends ? », « arrête de faire l’enfant ! » et autres joyeusetés.

Article 7 – L’enfant a le droit à un nom dès la naissance. Il a également le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, de connaître ses parents et d’être élevé par eux.

Ici on nous parle de l’identité d’un enfant, notion souvent mise de coté au profit du nombre, du groupe, de la masse. Ce n’est plus chaque enfant mais les enfants. Nous pouvons aussi y voir l’importance de connaître le nom de chaque enfant avec lequel nous intervenons. Pour aller plus loin directement demander à l’enfant et ne prendre en compte son identité telle qu’il la donne, sa prise en compte est un socle important dans la relation que nous pouvons avoir avec lui, c’est un des premiers gages de respect et de considération.

Articles 13 – L’enfant a le droit d’exprimer ses vues, d’obtenir des informations et de faire connaître des idées et des informations, sans considération de frontières.

La liberté d’expression est fondamentale pour un enfant et est trop souvent réprimée par les adultes. Un enfant a le droit de dire qu’il n’aime pas quelque chose, qu’il trouve ça nul, qu’il n’aime pas un adulte, qu’il trouve que quelque chose n’a pas de sens, etc. Souvent, lorsque la remarque d’un enfant ne va pas dans le sens d’un adulte, c’est considéré comme un manque de respect. L’erreur à ne pas faire est de penser qu’il cherche à provoquer l’adulte, car même si c’était le cas, l’adulte n’est pas le roi des enfants, s’il se sent atteint par les provocations dérisoires d’un enfant alors cela peut démontrer que l’autorité de l’adulte, son égo, n’est peut-être pas assez fiable.

Article 19 – L’État doit protéger l’enfant contre toutes formes
de mauvais traitements perpétrés par ses parents ou par toute autre personne à qui il est confié, et il établit des programmes sociaux appropriés pour prévenir les mauvais traitements et pour traiter les victimes.

Dans cet article, il est souligné que les enfants ont un droit d’être protégés contre tous les mauvais traitements, la maltraitance est donc intolérable sous quelconque forme que ce soit et donc nous pouvons revenir en début d’article, crier sur un enfant, le punir, l’humilier, avoir des exigences éducatives inadaptées à son âge, être violent verbalement, tout cela doit être absolument banni de tout lieu où se trouve un enfant.

Les douces Violences

douce violence - scène 3 - Ptiloupassion

Quoi de mieux qu’un article sur les droits des enfants pour aborder un sujet qui concerne une maltraitance très tolérée encore aujourd’hui : Les douces violences.

Ce sont ces paroles d’adultes au-dessus de la tête de l’enfant, ces gestes intrusifs comme un mouchage de nez en tenant la tête de l’enfant pour l’empêcher de bouger, le non-respect de ses créations qu’il retrouve dans une poubelle, une humiliation latente comme pour rappeler que les pleurs sont pour les filles, qu’un garçon est fort, des postures d’adultes que l’enfant ne peut anticiper, des rythmes que l’adulte va imposer…

Le travail sur les douces violences s’inscrit dans une temporalité bien spécifique. Il ne s’évalue pas à travers un résultat défini, tant du côté de l’enfant que du côté de l’adulte. Il est bien plus un état d’esprit, grâce auquel l’adulte va construire ses postures différemment, en se recentrant sur les besoins spécifiques de chaque enfant et dans des principes de réalité bien reconnus. Il est ce respect mutuel véritable, où l’adulte accompagne l’enfant sur les chemins de son autonomie.

Les douces violences troublent aujourd’hui bien des pratiques professionnelles. Il y a urgence à les repérer, à y remédier, parce qu’elles viennent aussi nous rappeler qu’elles restent probables, tout au long d’une vie… Pour cela deux petites listes non exhaustives

Éviter les douces violences :

  • Ne pas porter de jugement sur l’enfant et sa famille.
  • Maîtriser la parole au-dessus de la tête de l’enfant.
  • Éviter les surnoms systématiques.
  • Laisser les doudous à disposition des enfants.
  • Faire confiance à l’enfant.
  • Ne pas poser une étiquette.
  • Respecter l’intimité de l’enfant.
  • Valoriser et encourager l’encourager l’enfant.
  • Mettre des mots sur ce que l’enfant va vivre.
  • S’adresser à l’enfant en utilisant le « Je » plutôt que le « Tu ».
  • Ne pas brusquer l’enfant, tant dans les paroles que les gestes.

Remédier aux douces violences :

  • Considérer l’enfant dans son affectivité, sa corporalité, son humanité.
  • Composer avec le temps et les organisations, les urgences et les priorités…
  • Savoir se recentrer sur cet enfant, dans un ici et maintenant…
  • Être dans un véritable respect de cet enfant ici et maintenant.
  • Être dans une véritable relation individualisée avec cet enfant.

Cela est à faire pour chaque enfant, c’est un travail à faire sur soi-même qui prend du temps et de l’énergie. Avant tout humains nous aussi, nous devons, si jamais nous avons les nerfs qui lâchent, nous appuyer sur nos collègues afin de ne pas faire subir notre état aux enfants. Nous ne devons pas chercher de vengeance personnelle si un enfant a un comportement qui ne nous convient pas mais chercher à comprendre la cause de ce comportement. Pour eux, nous devons, dans notre rôle d’adulte, rester fiables et bienveillants, et en cas de faille s’appuyer sur d’autres adultes, car nous sommes comme nos publics, humains.

Il n’existe pas de mauvais enfant, seulement des enfants en colère, blessés, fatigués, effrayés, confus et impulsifs qui expriment leurs sentiments et leurs besoins de la seule façon qu’ils connaissent. Nous devons à chacun d’entre eux de toujours s’en souvenir.

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